Sujet majeur pour la CFDT-MAE, notre experte est intervenue au CSAM, le 11 décembre dernier, pour réaffirmer l’importance cruciale du traitement de la question du harcèlement moral et du management toxique au sein de notre Ministère.
Des progrès notables mais toujours insuffisants
Certes, des progrès notables ont été réalisés par rapport à une époque, pas si éloignée que cela, où le phénomène n’était pas reconnu et où les agents victimes se retrouvaient désemparés et privés de soutien. A cet égard, la création de la Cellule Tolérance Zéro (CTZ) a constitué une étape importante pour la prise en compte de cette question et la CFDT salue naturellement le travail engagé ces dernières années par l’administration.
La prévention des dysfonctionnements managériaux et la protection des victimes doivent être renforcées
Notre organisation syndicale, qui recueille régulièrement de nombreux témoignages d’agents qui la saisissent pour dénoncer des situations de violence et de souffrance au travail, estime toutefois que nous sommes encore loin du compte en matière de prévention du harcèlement moral et du management toxique, ainsi que de protection effective des agents effectuant des signalements.
Trop de signalements sont classés sans suite voire se retournent contre les victimes
La conviction diffuse et largement partagée par les agents est que la probabilité d’avoir à subir une situation de management toxique voire harcelant est élevée au sein de notre administration et que la protection de la victime dans ce genre de situation est faible et inversement proportionnelle au pouvoir d’influence et à la capacité de nuisance de l’auteur ou de l’autrice des faits ou du harceleur ou de la harceleuse, en cas de possible qualification de harcèlement.
Dans un tel contexte, l’experte de la CFDT a tenu à rappeler les cinq revendications principales portées par notre organisation syndicale :
- En matière de prévention des risques : si des formations sont effectivement proposées aux encadrants, la CFDT estime qu’il faut également inscrire au catalogue de la formation, ouverte à tous les agents, une session sur le thème : « Comment faire face à un management toxique ? ». S’il est en effet souhaitable que les agents sachent quoi faire pour requérir de l’aide (celle de la CTZ, de la DRH, des organisations syndicales…), une fois la situation dégradée, il est tout autant primordial qu’ils sachent comment agir et réagir, dès les premiers signes perceptibles, pour éviter de subir une situation de harcèlement ou de management toxique avec ses conséquences psychologiques et physiques inévitables. Or, il y a en la matière une série d’attitudes, de réactions, de bonnes pratiques à adopter qui ne s’improvise pas et qui permet, in fine, soit de rétablir une relation professionnelle apaisée, soit de préparer et d’anticiper une éventuelle saisine de la CTZ. Il est donc dans l’intérêt des agents, mais aussi des services pour leur bon fonctionnement, que tous soient formés à gérer et à faire face à ce genre de situations imprévues. La CFDT a déjà formulé cette revendication au dernier CSAC, qui a été incluse dans le tableau de suivi de cette instance, mais l’administration avait indiqué à cette occasion que « des choses se faisaient déjà en la matière », ce qui peut apparaître comme une façon détournée de surseoir à cette demande. La CFDT réitère aujourd’hui avec beaucoup d’insistance sa revendication d’un module spécifiquement consacré à cette question : elle considère d’ailleurs cela comme une avancée nécessaire pour la protection des agents ;
- En matière de suivi des signalements : trop souvent, les agents se plaignent d’un manque d’information sur les suites données aux signalements effectués. La CFDT considère qu’un suivi plus transparent des saisines de la CTZ et/ou de la DRH doit en effet être réalisé. Elle soutient donc la création d’un poste de chargé de mission à la DRH, responsable du suivi des signalements CTZ, et chargé d’informer les agents quant aux suites données. A cet égard, la CFDT estime d’ailleurs que le rapport annuel de la CTZ devrait comporter un volet spécifique, alimenté par la DRH, sur les suites apportées par l’administration et détaillées par type de signalements (il ne s’agit naturellement pas de communiquer des informations individuelles) ;
- En matière de sécurisation de la démarche : beaucoup d’agents pensent que s’ils effectuent un signalement, cela entraînera de facto des répercussions négatives pour la suite de leur carrière et/ou de leur affectation au sein du Département. Cette crainte, maintes fois exprimées, constitue d’ailleurs l’un des freins les plus puissants à la transmission de signalements auprès de la cellule tolérance zéro. La méfiance des agents contribue ainsi au pourrissement des situations de management toxique et de harcèlement, sources de nuisances en matière de santé des personnels et d’efficacité au travail. La CFDT milite donc pour que des garanties soient réellement données aux agents afin qu’ils ne subissent pas de telles conséquences : par exemple, le chargé de mission de la DRH, responsable du suivi des signalements, pourrait se voir confier le suivi de cette question, en lien avec la CTZ, et ce suivi pourrait également faire l’objet d’un point particulier dans le cadre du rapport annuel de la CTZ ;
- En matière d’effectif dédié au dispositif : la CFDT estime, par ailleurs, que l’effectif actuel de deux agents affectés à la CTZ n’est pas suffisant pour pouvoir traiter, dans des conditions optimales, l’ensemble des saisines soumises à examen. Du reste, le nombre de signalements à étudier par la cellule pourrait être encore plus grand au vu des situations portées régulièrement à la connaissance de notre syndicat par les agents dont beaucoup craignent de passer à l’étape suivante du signalement et préfèrent rester anonymes ;
- En matière de réelle indépendance de la cellule : enfin, les agents émettent souvent des doutes sur l’indépendance de la CTZ à l’égard de l’administration, la celule étant composée exclusivement d’agents du ministère (bien que le référent ou la référente de la cellule soit en général un(e) agent(e) en toute fin de carrière). La CFDT ne méconnaît pas l’utilité que les membres de la CTZ connaissent les métiers et les spécificités du MEAE, bien au contraire, cependant ces derniers font partie d’un ministère à l’effectif modeste où les personnels se connaissent et souvent se croisent. Par ailleurs, le travail de la cellule, dans les cas les plus graves, se concrétise par une simple alerte et un passage de relais à la DRH qui apprécie seule l’opportunité ou pas de continuer la démarche. Ainsi, il serait souhaitable, en attendant la poursuite de l’examen d’une externalisation complète de la CTZ préconisée par la CFDT-MAE, que celle-ci se voit renforcée par un expert extérieur afin de répondre aux légitimes questions sur son indépendance et sa réelle capacité à agir en interne.